Tristan Robin,
« Un temps performant »
Duchamp et Beuys ont parlé de cette limite « infra-mince » entre le monde de l’usage et celui de l’image : l’un se plaisait déjà à la perturber par des chèques fabriqués – fausse valeur financière mais véritable valeur artistique –, ou par des objets utilitaires à l’esthétique zéro, construits par l’ouvrier mais transférés dans l’univers de l’art par la décision de l’artiste. L’autre, lui-même roulant carrosse, n’a cessé de dénoncer les rapports complexes entre l’art et le capital sur un tableau noir dont les croquis de Tristan Robin se souviennent encore.
Ceux-ci sont d’ailleurs réalisés d’une main alerte et avec un évident plaisir du geste, ce qui ajoute à la question d’économie celle de l’esthétique, et brouille une fois encore les catégories.
« Un temps performant » s’inscrit dans le sillage de la réflexion que mène depuis quelques années Tristan Robin sur les images et les actions du quotidien, y compris dans l’habitat pavillonnaire et le conformisme mortifère de son « prêt-à-habiter » ; mais ce travail rejoint aussi la question des limites entre les actions quotidiennes les plus triviales et leur mise à distance par l’intervention de l’artiste.
Propos salutaire qui traite des contradictions depuis toujours inhérentes à la création artistique, lorsque les Grecs inventèrent le mot art, lui-même dérivé du verbe « faire », artein.